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ersonne
n’échappe aux détournements des Casseurs de pub. Car là où
le vent de la mode et de la bienséance opportuniste pousse, les Casseurs
se pressent. Tout l’art d’uriner dans le sens du zéphyr. D’autant
qu’ils recrutent ; leur nouvelle caution intellectuelle : Frédéric
Beigbeder, l’ami des stars, l’ex Caca’s clubber. Les Casseurs sont
partout, ils pétitionnent, ils se montrent, ils organisent des happenings
sur les boulevards parisiens. La jeunesse plouto-rebelle, la presse
dite critique et les avatars intégrés de l’ordre spectaculaire leur
dressent des louanges : ces gens qui n’aiment pas la publicité
et qui le font savoir reçoivent l’appui enthousiaste de ceux qui en
vivent : Culture pub, Canal +, Les Inrockuptibles,
Politis, Charlie Hebdo, France Inter, CB News,
Télérama, Alternatives Économiques, Radio Nova,
liste non- exhaustive...
Cependant, il faut se méfier de ces émules besogneux de Guy Debord
qui n’ont sans doute lu de l’Internationale Situationniste
que les bandes-dessinées ; ainsi, une grande partie de leur
argumentaire, au-delà des bons sentiments affichés (écologie, humanisme,
démocratie…) laisse une désagréable impression de double-langage.
Ainsi, lors de leur opération Rentrée sans marque, destinée
aux lycéens, les Casseurs de pub ont largement distribué une
affiche au slogan apparemment libertaire (« Ne marche pas
au pas »), accompagnée d’un texte ambigu que nous reproduisons
ici : « En 1930, les troupes de jeunesse des pays
totalitaires marchaient au pas, fascinées par les insignes cousus
sur leurs chemises, se soumettant à l'ordre social. Soixante-dix ans
plus tard, une nouvelle idéologie a pris place. Elle ne dit pas son
nom, parle de liberté et de bonheur, mais conduit à la même soumission
que ses prédécesseurs. Les insignes ont juste changé. Alors passe
dans le camp d'en face. Le même défi t'attend que ceux qui comme toi
dans l'histoire ont résisté. » Ce texte est un exemple on ne peut
plus parlant du confusionnisme plurivoque des Casseurs de pub.
On passera rapidement sur le thème de la « nouvelle résistance
» (thème d’ailleurs récurrent dans la rhétorique d’extrême-droite)
qui est un affront scandaleux fait aux authentiques résistants. Oser
placer les médiatiques campagnes anti-pub des Casseurs dans
le lignage des actions de résistance contre l’occupation nazie, c’est
insulter la mémoire des maquisards et leurs sacrifices. Aurait-on
imaginé une action de résistance publique dans le Paris occupé ?
Ou des Francs-Tireurs partisans effectuant tranquillement leurs actions
de sabotage boulevard Saint-Michel devant l’œil impassible et légèrement
rigolard de la Gestapo ? Mais au-delà de cette impudence turpide,
traduisant bien leur cynisme vulgaire et ahuri, le discours des Casseurs
de pub est avant tout trouble et dangereux. Dangereux, en ce sens
qu’il consiste à mettre sur un même plan idéologie marchande et idéologie
totalitaire, ce qui est finalement la base de l’argumentation relativiste
des négationnistes. On sait que le négationnisme est né conjointement
dans les milieux d’ultra-gauche et au sein des groupuscules néo-nazis.
Pour ces derniers, les arrières-pensées antisémites sont absolument
évidentes et il n’est pas nécessaire d’insister sur leurs motivations.
Le négationnisme d’ultra-gauche, quant à lui, obéit à un processus
beaucoup plus pervers, qui consiste à réviser à la baisse les
crimes hitlériens, moins pour les atténuer dans l’absolu, que pour
balayer la différence ontologique entre régimes fascistes et régimes
libéraux, cette stratégie visant à criminaliser l’idéologie libérale
par un simple effet de balancier. Force est de constater que l’argumentaire
des Casseurs de pub obéit exactement à cette logique fautive.
Comparer le clown Mac-Donald aux Waffen SS, mettre sur le même plan
les campagnes publicitaires et les aboiements de Goebbels, cela revient
à réduire la Shoah à un détail commercial, une réalité somme toute
négligeable, puisque traduisant une différence de degré, et non de
nature entre nazisme et capitalisme. Reposant sur l’identité parfaite
entre ces deux types de régimes, la rhétorique des casseurs de pub
insiste de plus sur le caractère rampant, caché, crypté de la nouvelle
idéologie dominante ; qu’est-ce donc alors que cette idéologie
« qui ne dit pas son nom » mais qui conduirait « à la même
oppression » que l’idéologie fasciste ? On le voit, en plus
d’une instrumentalisation cynique de l’idée de la Résistance et d’un
relativisme dialectique hasardeux, l’imaginaire des Casseurs de
pub repose sur une fumeuse théorie du complot, agrémentée d’étranges
obsessions anti-marchandes ; les Casseurs n’ont pas leur
pareil pour livrer des historiettes naïves rappelant les fables anti-maçonniques
de l’extrême-droite, ou des « bons Français bien de chez nous »
(« les Dugenoux ») subissent à leur corps défendant
les manipulations mentales d’un Grand Capitaliste qui les incite à
psalmodier des litanies profanes (« prions, mes frères »)
et dont « la longue robe rouge brodée de fils d'or renvoie les
reflets de mille rubis et diamants ». Bref, on évolue avec les
Casseurs en pleine eau trouble.
Ce qui caractérise également les Casseurs de pub, c’est ce
mélange inédit de confusions idéologiques et de mépris anti-social
ouvertement formulé (sous couvert de justifications politiquement
correctes). Ainsi, « vu à la télé », cette scène
ahurissante : le millionnaire Beigbeder, et ses amis Casseurs,
un samedi tantôt à la sortie d’un supermarché de la banlieue lyonnaise,
tractant un appel à la Journée sans achats ce dernier
concept étant une manifestation symbolique, sorte de carême anti-capitaliste,
de haut fait de « résistance » d’importation U.S.,
dont l’objectif est d’enrayer la mécanique de l’opulence consumériste.
Situation grotesquement pitoyable, sous les complaisantes caméras
de Canal+, que ce sous-clownesque crésus, militant auprès des
ménagères fatiguées, de leurs enfants turbulents, de leurs maris en
survet’. Ou the King of the night proposant de faire ceinture
aux salariés, chômeurs et rmistes de France.
On croit rêver ! Cauchemar confondant ! Mais les Casseurs
insistent, dédaigneux toujours à l’égard des désargentés, ils vont
jusqu’à inventer le Bon de non-achat, cependant que les familles
vont aux discounts alimentaires déguster les sous-produits
LIDL. Arrogants encore, ils proposent la Semaine sans télé
au travailleur épuisé par les rythmes infernaux des 3/8 qui, au prétexte
de perturber le marché mondial, devrait se priver d’une émission relaxante
ou d’un match de football ! Qui sont donc ces bo-bos ? Ils
ont la suffisance de la gauche caviar qui parlent aux pauvres, tellement
déconnectés du réel qu’ils n’ont plus conscience qu’à côté d’eux,
la misère poursuit son calvaire, et que la misère, ce n’est pas ces
tristes pitres d’AC! gesticulants, la misère bouffe des boîtes pour
chiens pendant que les Casseurs s’agitent pour les CSP+ !
À quel prix de mépris profond les Casseurs continueront-ils
de narguer les travailleurs et les exclus ?!
Les Casseurs sont des crapules, des imposteurs, des falsificateurs.
D’où leur parfaite adéquation au temps présent : une révolte
autorisée mais insane, révélant qu’ils sont bien les enfants standards
de la gauche ronds-de-cuir, protégeant sous ses aspects rebelles les
intérêts de l’argent et de la version socialiste du libéralisme : ils
sont les alliés objectifs de l’époque. À force d’amalgames
historiques qui traduisent, dans le meilleur des cas, leur inconséquence,
ils servent la soupe à leurs prétendus ennemis, ils banalisent
et rabaissent les combats des anciens, ils camouflent leur impuissance
sous des tonnes de causes ineptes et perverses, et malgré leur piètre
et médiocre condition d’originaux béni oui-oui, ils osent parader !
Lorsque les Casseurs resteront muets sous la torture, alors
nous admettrons qu’ils se prétendent résistants. Lorsque ils trimeront
en usine, nous les autoriserons à renier leur engagements débiles.
De façon définitive, nous emmerdons ces guignols et ceux qui les lèchent !
Les néo-rebelles opportunistes ne seront jamais des Durruti, ni des
Jean Moulin ou des communards...
Ne leur en déplaise !
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