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  Mort dans la neige.

 
 Frédéric Madre 
 

 
23/12/00
    

 
 

 

voilà deux semaines j'étais lâchement abandonné par mon amie qui « devait voir [un type] qui est de passage à paris ce soir »... soit, or donc me voilà subitement livré à moi-même comme je l'étais avant ce qui n'est après tout pas désagréable, ce sentiment de liberté infinie, mais qui c'est ce type, aussi. Enfin, me voilà qui feuillette le journal à la recherche de quelque chose car j'avais laissé de côté l'idée de rester chez moi à ne rien faire en attendant qu'elle me dise « voilà j'ai vu [le type] et toi tu as fait quoi ? » et de répondre « moi, rien, je ne sais pas quoi faire sans toi, moi, rien »... ridicule, donc je feuillette et je ne trouve rien non plus. Il est vrai que c'était Libé et donc pas étonnant mais au détour d'une antépénultième page il y a la photo de Monteiro un vieux réalisateur portugais triste et rigolo que j'aime bien et c'est l'annonce d'une avant-première de son film « Blanche-neige » au cinéma République donc je peux même y aller à pied ; évidemment, c'est un film qui a fait scandale (au Portugal) et dont le producteur, Paulo Branco, a dû rembourser une partie de l'aide à cause de cette controverse car il a été notoirement dépensé moins que prévu au budget, le réalisateur ayant décidé en cours de tournage que la majeure partie des images seraient noires avec les acteurs parlant dessus, toutefois les acteurs étaient costumés et ce fut enregistré dans 3 lieux, une pièce, un château et dehors. D'ailleurs on entend les oiseaux un peu. Comme je fais la queue je me sens relativement important de pouvoir assister à un tel événement ce qui me servira plus tard quand je raconterai ma soirée, ah ah, et en plus il y a Lou Castel dans la queue avec des gus genre étudiants en cinéma ou lecteurs des Inrocks qui lui font la cour. On rentre, on s'assoit, c'est plein. Monteiro il est au fond avec Branco et il nous salue un peu quand on rentre car on l'a reconnu donc on lui a souri servilement. Ils nous expliquent ensuite la controverse vaguement, des citoyens offusqués de la mauvaise dépense de leurs impôts et « Ces cons là ils fonctionnent entre eux en démocratie, après ça se dilue dans le parlement et on ne comprend plus rien, pourtant c'est juste à côté de chez moi le parlement ». À un moment il s'engueule avec un type au fond de la salle qui prétendait être un traducteur de Monteiro pendant un festival en Suède et qui en gros aurait peut-être tenté de dire que c'était de l'argent du contribuable mal dépensé... mais il se fait fermer sa gueule de type pas important par Branco et Monteiro qui « n'est pas anar [comme disait le monsieur au fond] mais anarchiste » mais plutôt désagréable dans cette situation-là où il y a un autre type au premier rang (que peut-être on a vu dans une émission de télé, un vieux) qui dit que « ce film est important justement aujourd'hui... cinéma américain... » et puis des conneries je ne sais plus lesquelles. Heureusement Monteiro dit quelques trucs marrants encore du genre que « vous allez voir que le son il est in, mais que l'image elle est off », il parle français et puis le film. Qui est très bon. Mais n'est pas tout noir, d'ailleurs il commence de façon assez fulgurante par des images burlesques d'un type mort dans la neige : on voit ses traces de pas et puis son corps allongé avec ses grosses semelles vers nous. Ce type, on le saura plus tard c'est Robert Walser l'auteur de cette histoire de Blanche-neige dans laquelle les protagonistes qu'on connaît bien (la reine, le chasseur, le prince et B-N elle-même) se racontent a posteriori ce qu'il s'est passé et confrontent la réalité de leur expérience avec le conte et la réalité des autres protagonistes. C'est là qu'on se rend compte, seulement à la fin que le film n'est pas si génial que ça car il repose totalement sur cette histoire-là qui elle est extraordinaire et que le fait de le faire en noir (il y a aussi des nuages bleus et un site archéologique de glaise marron) n'est qu'une humilité (ce que reconnaît Monteiro, un peu) face à la « poésie » (il dit ça aussi, pas moi) et l'impossibilité de la montrer. Donc finalement j'ai acheté un livre de Walser, il y avait une femme dans les premiers rangs qui disait que ça l'avait énormément touchée de voir Walser mort au début du film et cette femme là était assez belle.

Et c'était la seule chose à dire sur ce film, donc lire Walser.

  

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Frédéric Madre

 
   

  
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