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Fin avril 2003.

 
 

 

Bonjour,

Je suis Guy Mercier, pour un temps oublié. Le retour du Rock ne me fait plus peur, il ne me dégoûte plus, il ne m’indiffère même pas. En ‘74 mon père entrait dans ma chambre, terrain conquis sans frapper pendant que je me déhanchais HARD ROCK en tapant des poings sur l’air de ma chambre, le regard sur la rue loin des jeunes filles qui passent vues de haut, et le voilà lui alors je rougis il me dit « Le Rock est mort ». Tout sourire, c’est vrai il était mort en ’74, vermoulu et c’était dans ma presse que mon père lisait, comme tout il lisait tout, mais ça je le savais bien avant lui.

Bonjour, je suis Guy Mercier, pour un jour qui passe. Je vous dis que j’ai acheté Purple, un magazine qui me plait et qu’on ne trouve pas au kiosque du coin. On le trouve à Beaubourg, on y reviendra, pas au kiosque du coin, nowhere 12ème. Il est épais, en tout petit on voit qu’on y a écrit « music ? » Non pas au kiosque du coin, un matin dans le métro et je le lis. Des gens, 20 minutes ou Métro, est-ce qu’ils savent qu’il y a eu un retour du Rock, à un moment et que c’est presque passé ? Les femmes dans les pages de Purple sont les femmes qui lisent Purple, voilà ce qu’on pourrait se dire, en cela ce ne sont d’ailleurs pas des femmes, ça je le vois bien en regardant au-dessus des pages, là des femmes lisent 20 minutes, Métro, elles aussi admirables. Je tourne très vite certaines pages, une grosse paire de couilles celle-là, comme ça Purple en 20 minutes aussi, la différence n’existe pas. On est tous frères, en sang devant l’horreur.

Lire Purple me donne envie d’écrire :

« L’écriture Rock n’est pas se retourner, c’est ne pas se retourner. Lire Yves Adrien en 2003 c’est à n’y rien comprendre une erreur. Greil Marcus est une ordure, soit. Collier de chien en diamant. ‘My Way’ par Sid Vicious c’est tout ce qui n’a jamais été punk, j’entends ‘My Way’ par Sid Vicious sur Nova et puis ils passent les Doors et puis ils passent. Punk Academy V. Sid Vicious n’aurait jamais pu être punk, ni rien d’autre une perte de temps sans plus. J’aime bien ‘the soft pink truth’ mais quand j’entends qu’on remercie the-pom-pi-dou-cen-ter je sais que le Rock y est mort. Lester Bangs est mort, lui au moins (…) ».

Pas moi, Guy Mercier, vu un spectacle de danse avec Jean-Luc Nancy sans danse, les corps qui croulent sous le texte duquel ils feignent de s’extraire.
Pas moi, Guy Mercier, vu Steroid Maximus, encore à Beaubourg avec l’homme moderne, ça nous a beaucoup plu (écriture Rock) ensemble.

On a parlé de Cheap Trick, c’est une chose qui nous suffit parfois. Ne pas oublier la guerre, faire très attention à ça, l’Amérique détruite qui ne tenait que par le Rock.

Tout le monde a vu le fil qui pendait derrière le costume sable de Jim Thirlwell. Il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne commentent pas d’erreur, me dit-on à mon tour. La pub C&A avec des enfants qui miment crier du rock, elle était dans Purple il y a déjà deux ans, en plus éclairé. Le maquillage métal nordique post-kiss, idem, dans Purple déjà. Ce qui m’avait fait frémir, et c’est ça que je trouve dans Purple, le frémissement de la mort de toute ma culture. Le clou est enfoncé, mais pas par Purple, par ceux qui lisent Purple en vue de le mettre dans le métro. Par ceux qui disent un jour, « My Way » par Sid Vicious c’est Punk. Par ceux qui lisent un jour Greil Marcus et n’écoutent rien, ou si, Sonic Youth sûrement. Ne payent pas les disques.

Moi, Guy Mercier, je paye mes disques. Je paye Purple. J’aurai honte de parler de Punk en 2003, pas de l’avoir été en 76 dans une rue. Comme des garçons shirt, je trouve ça une belle expression pour aujourd’hui. Je repasse rue des Lombards, je regarde la femme avec qui je vis, elle est terriblement désirable, on passe devant, rue des Lombards je ne lui dis rien, regarder de l’autre côté de cette petite rue on passe devant. À Beaubourg on a vu Nicolas de Staël mais je n’ai pas pu faire comme si ce n’était pas mort. Sec, au début, je ne regrette pas ce mot, pas grand chose d’autre. Dans Purple je lis le frémissement de la mort mais pas le futur, Kim Gordon était dans Purple avant d’être dans le Gap du métro de tout le monde, c’était la fin bien avant. Il reste  Song for Karen, c’est tout mais c’est déjà pas si mal. Next. Dans Purple, une photo de chaussures qui est vraiment terrible comme je suis terriblement jaloux ça se manifeste dans une pulsion qui fait que je ne peux pas fermer la page là dans le métro, je suis perdu dans ce qui n’est pas non plus mon futur mais c’est tout ce qui me reste l’impossibilité de nudité m’oppresse.

Je voudrais qu’on puisse réhabiliter ce groupe de mots « un homme et une femme ». Je ne suis pas sûr de me faire bien comprendre : quand j’entends à la radio l’ « Ignition » de R. Kelly, je sais que ça peut revenir. Tremblement et frissons, c’est simple, glad all over dans le corps même. Il y a ce désir de faire plaisir et de faire durer, il y a l’histoire aussi de la musique noire qui là vient d’Allen Toussaint pour me toucher autant que je coupe la radio alors et que je pense à toi, un refrain qu’on ne peut pas éteindre, un homme et une femme qui vont descendre. Cette rue.

Vôtre,
Guy.

  

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