|
ult
Je n'ai pas le culte des voitures. Je tiens pour débiles ceux qui pensent que c'est un
élément démonstratif du statut social, un piège à minettes ou un agrandisseur de
bites. Ce sont au mieux des parvenus, des connasses ou des chauffards. Je suis, par
ailleurs, un très mauvais client pour les constructeurs automobiles et, sauf impérieuse
nécessité style joint de culasse, ça ne va pas bien changer. Le cocktail tenue de route
/ femme à poil utilisé pour vendre ces caisses à savon m'indiffère.
Ces mises au point étant faites, je vais pouvoir aborder le sujet dans mon pays
d'adoption.
alpolis.
Il m'est arrivé, par exemple, de me faire
"queue de poissonner" et klaxonner par une deux cent cinq version Ariane cinq
pilotée par un spationaute dont le casque était remplacé par une casquette et le
rugissement des boosters par du bruit techno-rythmé, pour avoir tourné à droite à
partir de la file de droite et, ce faisant, lui prenant un tour d'orbite très
cavalièrement. Ma plaque étrangère montrait que je n'étais pas du système planétaire
local. Enfin, samedi soir est passé et, à l'heure qu'il est, le spationaute doit dormir
d'un sommeil éternel entre quatre planches. À accélérer si près de la vitesse de la
lumière, on vieillit plus vite.
Plus souvent, je me suis fait vertement tancé par des chauffeurs de taxi justiciers : la
voiture, aisément identifiable car beige crados, s'approche en rodant; la vitre descend
doucement, comme celle des limousines de super vilains dans les séries américaines,
découvrant un individu moustachu dans quatre vingt dix pour cents des cas et qui vous
indique que vous ne pouvez pas vous garer ici parce que c'est réservé aux bus (en clair,
dégage), surtout si il est tard, qu'aucun bus ne circule ou que c'est le week-end et
qu'il n'a pas non plus l'intention de se garer là.
Ce sont les mêmes chauffeurs de taxi qui font un écart pour vous foncer dessus et vous
frôlent si vous ne traversez pas à l'endroit indiqué par le législateur ou à la
couleur prévue par la loi.
Je suis de plus en plus convaincu que "chauffeur de taxi" est une maladie
incurable (et planétaire) et que, à ce titre, ces individus touchent une pension de la
sécurité sociale.
a planète pas claire.
Au début, j'ai culpabilisé : peut-être
n'avais-je pas le bon astronef ? comme celui de Goldorak au milieu d'une meute de
golgoths. Mais maintenant je suis guéri : après une bonne cure d'accélérations « feu
vert, cinquante mètres, feu rouge » en dessous des fenêtres de mon bureau, je suis
parfaitement capable de reconnaître le bruit du six cylindres BMW, celui d'une Porsche ou
même le cri de la Ferrari à fond de seconde. Je peux donc atterrir en toute sérénité
sur la planète "Kryptokon" pour discuter le bout de soupapes avec tous ces
supermen de la pédale.
De quoi se compose la flotte des vaisseaux
de cette planète ?
- les aéro-chauffards de taxi pilotent avec
dextérité des Mercedes diesel,
- les grands stratégers volent eux aussi en
Mercedes, version limousine essence (sont-ce d'anciens chauffards de taxi à qui on aurait
fait le niveau de neurones ?),
- le pilote père de famille qui aura réussi
son diplôme de supremator se verra attribuer une BMW sept cents pouet pouet à double
flux,
- le quadra dynamique avionne en Porsche neuf
cent onze; il parait que la fonction spatio-temps permet d'éviter les galactico-bouchons
qui émaillent la ville,
- les apprentis pilotes ainsi que leurs
sylvidres décolorées entretiennent leurs cancers cutanés en décapotables allemandes ou
japonaises,
- le balayeur de la base spatiale kite avec
plus ou moins de goût le reste des aéronefs d'occasion car il n'a pas assez de piastres
pour se payer une astro-bouse neuve. Parfois même, il est obligé d'acheter un Tupolev,
la honte cosmique,
- la famille type possède deux engins : une
version coupé sport pour le mari et les week-ends à deux dans la ceinture
d'astéroïdes, et une version break pour madame, les enfants et les caisses de bières
consignées,
- seule fausse note dans ce concert
cylindro-planétaire, le chancelier de cette planète qui roule en Audi "a
huit", sûrement parce qu'elle possède une climatisation à absorption de particules
de cigares.
C'est sous cet angle qu'il a été
présenté à la planète entière, juste après son élection : un fumeur de cigares
(pendant qu'il fume au moins ne dit-il pas de sottises) qui délaisse les traditionnelles
BMW ou Mercedes.
Ce qu'on ne montre pas au reste de la planète, c'est le vaisseau spatial multicylindres
de fonction de son ministre de la couche d'ozone : un galactico-vélo à rétropédalage ?
fond.
Voyons maintenant comment se comporte ce
peuple sur les autoroutes interplanétaires. Contrairement à une idée reçue, il n'y a
pas beaucoup d'endroits où ces pilotes de l'extrême peuvent enclencher le
turbo-générateur spatio-temporel et atteindre une vitesse proche de celle de la
lumière. La plupart du temps, les autoroutes sont beaucoup trop chargées en cargos
ravitailleurs et truffées d'astéroïdes sournois. La vitesse est donc limitée et les
contrôles des astro-flics fréquents. Ces derniers chassent le contrevenant comme sur la
planète de l'oncle Sam : une astro-patrouilleuse banalisée emporte une caméra vidéo,
un radar et filme les zigzagueurs qui se font immanquablement pincer. Ce sont des connards
à l'américaine.
Imaginons un instant que vous débarquiez d'une lointaine planète de l'ouest. Vous roulez
tranquillement à cent trente kiloparsercs par heure dans votre aéro-poubelle. Tout
à coup, un missile sigma vous double sur l'orbite de gauche. Surgit alors un panneau de
limitation, disons cent kp/h, bien souvent moins. Le missile sigma, à qui rien
n'échappe, se rabat devant vous et pile net, son système de radio-guidage à
apprentissage bruto-forcé ne lui laissant guère le choix. Vous, habitué que vous êtes
à la conduite de l'ouest, conservez votre vitesse et doublez le missile, devenu
subitement limace sigma pour éviter de l'écraser. Son pilote n'est pas content et vous
fera des appels de rétro-lasers une fois sur deux. Souvent aussi, deux missiles sigma de
gros calibre se mettront côte à côte pour empêcher les autres petits missiles de les
ridiculiser (lire doubler). La limitation de vitesse dépassée, le missile sigma
turbo-booste jusqu'au prochain panneau, qui n'est jamais bien loin.
erre !
Revenu sur terre, j'ai quand même demandé
autour de moi quelles étaient les voitures de rêve de mes collègues de travail. Une
femme m'a répondu sans hésiter : la BMW sept cents pouet pouet (le plus gros modèle de
limousine). Je lui demande alors pourquoi. Elle me répond : dedans, on est comme chez
soi. Quoi de plus normal pour une charrette qui vaut le prix d'une maison.
Mais il y a une voiture qui jouit d'un statut particulier, une voiture qui apparaît
souvent dans les publicités et autres séries télévisées. Son conducteur est soit un
super vilain, un homosexuel, un français, ou c'est le héros et il va tomber tous les
personnages féminins du film grâce à cette bagnole. Il peut être tout cela à la fois.
Les habitants de la planète kryptokon pensent qu'elle est à mi-chemin entre la voiture
et le vaisseau spatial. Ils la voient souvent rouler, mais à tout moment ils s'attendent
à ce que des ailes poussent et qu'elle décolle. C'est la DS.
l'aide !
Mais une épée de Damoclès bionique
menace les habitants de la planète Kryptokon. Ce peuple, d'ordinaire très pacifique,
lassé de seize années de ronronnement spatial, a récemment élu un nouveau ministre de
la couche d'ozone et l'a placé aux commandes de l'astéroïde "taxe
écologique". Malheureusement, les moteurs "Cogema" de cet astéroïde ont
lâché et il se rapproche dangereusement de la planète, menaçant de doubler le prix du
litre de neutrons superfluide, le carburant des astronefs gloutons fabriqués avec orgueil
sur cette planète, la catapultant ainsi tout entière vers le terrible trou noir
"chômedu".
Les habitants de Kryptokon parviendront-ils à invoquer le dieu Pils ?
Se résoudront-ils à acheter des misérables astronefs importés des planètes de l'ouest
?
La pétition « je suis un con : je roule à fond » recueillera-t-elle assez de
signatures pour envoyer ce sinistre mécréant en exil suivre le chemin de son compatriote
Gros Bandit ?
Vous le saurez en lisant la suite des aventures de la série "Cogema tuer". |