BERNARD-HENRI,
EDWY ET LEURS AMIS

 
 

Le 9 novembre 2001, BHL a publié, dans Le Figaro, la critique du dernier livre narcissique de son ami Edwy Plenel. PLPL, qui prépare un très gros Annuaire de la corruption de la critique littéraire, livre à ses lecteurs un élément du chapitre BHL-Plenel-BHL. Sous le titre, « Autour d’un livre d’Edwy Plenel : sa part de vérité », Bernard-Henri Lévy a donc écrit dans Le Figaro 1 :

  
 

 

 

 

 

2. C’est devenu une mode ; cet auteur est constamment évoqué par BHL, Plenel, mais aussi par Alain Finkielkraut et par Philippe Corcuff. Ce dernier, ami trotskyste d’Edwy Plenel, chroniqueur et « sociologue » du NEM (Non-événement du mercredi, appelé plus rarement Charlie Hebdo), est lui aussi un personnage avide de notoriété. Universitaire peu reconnu, il a recours aux médias et à une auto-promotion de chaque instant pour essayer de briser le mur de l’anonymat. Corcuff a publié dans le NEM une critique aussi enthousiaste que celle de BHL du livre du Roi du téléachat : « Une des belles surprises d’une rentrée littéraire tardive et morne, […] la ré-élaboration critique de notre passé. » Puis Corcuff a fait l’apologie du QVM au moment où ce journal rentrait en Bourse : on observerait dans le QVM à la fois « la résistance d’une presse écrite relativement indépendante face au rouleau compresseur télévisuel » et « la possibilité d’expression d’opinions critiques ». (NEM, 17.10.01). Logiquement, Corcuff a ponctué sa critique de complaisance du livre de son ami Plenel d’une charge contre… PLPL ! Plusieurs journalistes du NEM auraient juré de se débarrasser de Corcuff.

4. Une fois conclues ces « années militantes », Plenel a décidé de courtiser un à un les essayistes mondains parisiens tout en veillant à conserver des relations à l’extrême-gauche (lire « Les amis d’Edwy », PLPL, n° 1, 2000). Le désir de se voir publié dans les colonnes du QVM fait taire bien des scrupules. Daniel Bensaïd et d’autres contestataires publient ainsi régulièrement dans Le Monde des tribunes qui permettent à ce journal de se dédouaner de son orientation boursicoteuse. Quant à BHL (et à Sollers), Plenel les avait choyés avant même de se voir confier une émission de téléachat sur LCI. C’est en 1994 que Plenel fit, en personne, la critique dithyrambique – en « une » du QVM – de La Pureté dangereuse, livre de BHL à la gloire des renégats. Depuis, les renvois d’ascenseur ont été très nombreux. Entre avril 1996 et janvier 1997, BHL utilisera sa chronique du Point pour célébrer Plenel et Le Monde au moins trois fois : 12.04.96, 27.07.96, 11.01.97. De son côté, Plenel a déjà téléléché BHL au moins quatre fois dans son émission de téléachat : 18.10.97, 14.11.98, 15.1.00 et 27.10.01.

6. Selon nos informateurs, Alain Krivine serait embarrassé par ce genre de compliment. Il escomptait sans trop y croire que PLPL ne le relèverait pas… Le vieux chef de la LCR imputerait ses ennuis à son ami Edwy, maladivement soucieux de forger une cohérence à ses fréquentations et donc de « mettre en réseau » toutes ses relations, de Daniel Bensaïd à BHL. Mais même si l’un et l’autre contribuent déjà aux pages « Débat » du QVM, sur lesquelles le RTA exerce une dictature sans partage, aucun rapprochement n’a encore été observé entre ces deux-là. Au grand dam d’Edwy.

  

 

 

« Qui tente de s’approcher de son propre passé enseveli doit faire comme un homme qui fouille. » Le mot est de Walter Benjamin 2. Mais, cité dès les toutes premières pages, il pourrait servir d’exergue et de programme au livre étrange, et très beau, que vient de publier Edwy Plenel 3.
On y voit un homme aux prises avec son enfance, fouillant dans des images anciennes, et y retrouvant les vestiges presque effacés de celui qu’il est devenu.
On y voit un ancien trotskyste visiter les décombres d’une mémoire vive et, contrairement à d’autres, observer avec une calme lucidité ce temps de rêves et d’illusions, de défaites et d’espérances invaincues que furent les dix années de sa saison militante 4.
[…]
On y lira de fortes pages, non seulement sur le grain de sable biographique que constitue cette double vie et qui enraye, aujourd’hui encore, toute la machinerie mentale jospinienne, mais sur la « honte » – le mot est de Plenel, et c’est un des meilleurs moments du livre – de tous ces lambertistes qui fonctionnaient, au fond, comme les fameux « marranes » du temps de l’Inquisition. […] Ils furent sociaux-démocrates pour la façade et révolutionnaires en leur for intérieur ; ils furent des êtres, non pas fourbes, mais doubles 5.
[…]
Mais, au-delà de Jospin et du trotskisme, au-delà des pages importantes sur les deux trotskysmes (le honteux et le lumineux ; le trotskysme de Pierre Lambert avec sa manie de l’entrisme jusques et y compris dans les partis de la Collaboration avec Hitler – et celui, internationaliste, dit Plenel, authentiquement tourné vers le monde en général et le Tiers-Monde en particulier, de Pierre Frank et, aujourd’hui, d’Alain Krivine 6), on y trouvera surtout le portrait d’une génération, la mienne, droguée à l’héroïsme, ivre de littérature en même temps que de politique et qui, si elle a fait son deuil d’une poignée de chimères, n’a aucunement tourné le dos à ses indignations, ses espérances, ses colères 7. […] Car ce qu’il y a de plus beau dans ce livre, c’est la façon dont il entrelace et noue ces divers fils.
[…]
Ce qu’il a de parfaitement singulier c’est, en un mot, cette écoute flottante d’un écrivain, car Plenel, dans ce livre, est, on l’aura compris, beaucoup plus écrivain que journaliste.
[…]
Qui était ce Joseph Krasny dont l’auteur, dans sa jeunesse, adopta le pseudonyme ? Que se sont vraiment dit André Malraux et Léon Trotsky, en août 1933, dans une villa de Royan ? Qui était Jean van Heinjenoort ? Était-il le garde du corps, le chauffeur, le traducteur attitré, de l’exilé de Coyoacan ? Pourquoi Zina, la fille de celui-ci, se suicide-t-elle à la veille de l’arrivée au pouvoir de Hitler ? Est-ce un hasard si « L’Homme quelconque », la devise de Pierre Lambert, patron de l’OCI, fut aussi le titre d’un journal mussolinien ? Peut-on être trotskyste et gérant de cirque 8 ? Trotsky a-t-il séjourné à Bity dans le château de Jacques Chirac ? Jospin savait-il que la formule malrucienne « l’homme n’est ce qu’il cache mais ce qu’il fait » est, dans le contexte, une justification du suicide ? Qu’est-ce qu’un chevénementiste peut bien aller faire à Cuernavaca, dans la ville de Malcom Lowry ? Pourquoi le Mexique ? Quel rapport entre l’OCI et Boby Lapointe ? Pourquoi le voisin de palier du narrateur a-t-il tant tardé à lui remettre la dernière photo du résistant Roland Filiâtre ? Y a-t-il une humanité des idées 9 ?
Toutes ces questions et d’autres hantent ce livre indocile. […] Je n’étonnerai pas en disant que c’est, à mes yeux, le plus réussi, le plus stimulant et, aussi, le plus inquiétant des romans vrais de l’année.

Bernard-Henri Lévy
[Première Laisse d’Or de PLPL, ndlr]

  

 

 

1. Espérant déjouer la vigilance des enquêteurs de PLPL, Plenel aurait demandé à BHL de ne plus faire la critique de ses livres dans Le Monde. Déjà, le 21 juin 1999, BHL avait chanté dans Le Figaro l’apologie de l’ouvrage (bâclé) du Roi du téléachat à la gloire de la guerre de l’OTAN au Kosovo : « Un livre pour l’invention d’un avenir qui ne soit pas infidèle aux songes d’hier. » Pour BHL, il s’agissait d’un autoportrait ; parlant de lui dans une émission d’Edwy, il avait dit : « Je crois vraiment être fidèle à ce que j’étais à l’époque. Ma part de scepticisme et ma part de révolte. Ma part de refus de l’ordre établi. » (LCI, 18.10.97)

3. Secrets de jeunesse, Stock, Paris, 2001. PLPL, qui a lu Secrets de jeunesse, en a fait la critique suivante : « Un narcisse moustachu avoue qu’il fut adepte d’un manitou barbichu. Cette “révélation” retentit comme un coup de tonnerre dans le ciel des industriels du savon à barbe. Elle fournit au Roi du téléachat Edwy Plenel l’occasion d’employer 71 fois le mot “je” dans une introduction de 14 pages. »

5. « Êtres doubles » ? BHL apprécie Nicolas Sarkozy (qu’il tutoie) et le trotskyste culturel Edwy Plenel. Il s’affiche en compagnie de François Pinault et de Jean-Luc Lagardère. Pour BHL, Pinault, « ce n’est pas un mec de droite. […] Il y a une vraie complicité intellectuelle entre nous » (cité par Pierre-Angel Gay et Caroline Monnot, François Pinault milliardaire, Balland, 1999, p. 184-187). Pour Pinault, BHL c’est « comme un second fils, […] parfois un confident » (« Vivement Dimanche », France 2, 11.11.01). Avec Lagardère, les rapports sont également cordiaux : pour BHL, « Jean-Luc Lagardère est un ami ».

7. Quand il ne se prélasse pas dans un palais de Marrakech racheté 12 millions de francs à Alain Delon, BHL exprime en hélicoptère son indignation, ses espérances et ses colères. En 1996, BHL « fait une arrivée très remarquée en se posant en hélicoptère sur les pelouses du château de François Pinault, en compagnie d’Alain Delon » à l’occasion de la réception qui suivait le mariage du fils de Pinault (Le Nouvel Observateur, 20.06.96).

8. Oui, puisqu’on peut être « trotskyste culturel ».

9. Y a-t-il un style BHL qui consiste à poser une suite de questions biscornues pour donner aux analphabètes, bluffés, l’impression d’une intelligence foisonnante et d’une très grande culture ?

 

 

 
 


PLPL7 - décembre 2001 page 11