15_Mardi

{16:00} “Why would you deny yourself anything possible!”

ou absence IV
enfin vous voyez
vous arrivez à suivre

cette fois je n’ai pas pris qu’un seul disque, j’en ai pris pas mal

oui j’ai pris l’intégrale hype williams
et les albums solos de dean blunt

The camera frames the legs of VIRIDIANA and DON JAIME, who are moving forward side by side. They stop occasionally, as people do when they are walking and talking together. At first we only hear their voices. Then the camera shows them both completely. The tone of the conversation is normal, except that DON JAIME voice shows evident interest. Hers has less expression.

« What’s up, nigga? Why you so depressed and sad all the time like a little bitch? What’s the problem, man? Niggas want to hear you rap. Don’t nobody care about how you feel, we want raps, nigga. »

il y a un peu une perte de sens
et je suis débordé par mon propre exil

14_Lundi

{9:23} absence II

bonjour, oui je voulais vous dire bonjour
mais je n’étais pas là
vous vous en êtes rendu compte
sans doute, je l’espère mais ça
n’est pas sur, je n’étais pas là
j’ai pris la route et je suis
maintenant
dans une sorte de prison qui n’a
pas de limites, un enfermement infini
j’ai trouvé du thé
j’ai trouvé une tartine grillée
ah non je n’étais pas là
vous avez remarqué

heureusement en lisant ça j’ai repris gout à la détestation d’une certaine forme d’humanité
celle de la loi
celle de l’ordre
et puis j’ai pensé à vous

car je n’étais pas là
et je bois du thé

1_Mardi

{10:23} Puis

subitement je me suis rendu compte de ce qu’il s’était passé hier
Juste avant de traverser cette rue

19_Mercredi

{13:48} écoutez

ça,
qu
oi

pendant ce temps là je peux
moi
faire autre chose

image

10_Vendredi

{19:01} on parle de musique, là, juste de musique. y’a « j’aime », et puis y’a « j’aime pas », tout n’est pas politique ou fait de société, hein, et puis on n’est pas obligés d’être subversifs pour être un bon groupe. Et puis bon, le subversif érigé en principe, ça devient pas une sorte de norme, ça ?

des baffes
qui se perdent

5_Dimanche

{9:51} qui fabriquera

le Golem qui nous protégera de Manuel Valls ?

golem 7

18_Mercredi

{21:57} allez, c’est parti

j’avais perdu le mot de passe
ou autre, chose que j’avais
perdue

vous pouvez m’écrire, mademoiselle, je vous répondrai
mais plutôt demain
soir

Body one, body two, body three, body four
Body one, body two, body three, body four
Numbers
Body one, body two, body three, body four
Body one, body two, body three, body four
Body one, body two, body three, body four
Body one, body two, body three, body four

se réveiller avec des trucs comme ça dans la tête

13_Mercredi

{22:00} moi non plus je ne rigole pas

6_Mardi

{22:54} As from now up to 50 % rebate per order:

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From 3. record per record 1 % rebate.
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When you order 65 records is the rebate 50 %. 50 % is the highest rebate, also when is your order more after 65 records.

oh, non

je ne sais plus quoi dire
je crois que je vais mettre une video
et ne plus partir une semaine en vacances

en plus, vous savez déjà ce que je vais dire
de tout ça

il y a un disque que j’ai déjà

achat pour revente
misère

2_Mardi

{16:54} WROTE FOR LUCK

{écrit par Elise Vertige, pour nous… Merci}

Comme je ne dors plus que cinq heures par nuit depuis un mois, j’ai vachement plus de temps qu’avant pour penser à plein de choses et puis, parce que j’ai lu ici les belles apparitions de Guy Mercier et Goo Blum et qu’il y a longtemps que je voulais dire deux ou trois choses sur les Happy Mondays et que là, il est sept heures du mat’ et que j’ai rien d’autre à foutre, je me suis dit : « Pourquoi pas m’y mettre maintenant? » J’y connais pas grand-chose en musique, les chapelles m’ont toujours emmerdé, je flâne, parfois je cueille, j’ai toujours eu des passeurs pas trop loin (Dorine, tu m’entends ?), et puis les Happy Mondays, c’est un truc d’enfance, c’est le jour où Grégory, mon cousin, un passeur lui aussi, et pas des moindres, m’a emmené voir mon premier concert, c’était au Bataclan, c’était en mars 1990 je crois, et c’est Bez, celui qui ne fait que danser au milieu du bordel, qui m’a vendu mon premier exstasy. C’était à l’entrée, il essayait de refourguer des places comme n’importe quel vendeur à la sauvette et il avait des exstas plein les poches. Alors mon cousin lui en a acheté un qu’il a partagé en deux. Je l’ai avalé et après, je me souviens pas des détails sauf que c’était magnifique et que tout le monde dansait au ralenti sur la scène en fumant des gros zblifs, les yeux révulsés, le sourire béat, et au sommet de la montée, je me suis dit : « Putain, c’est trop bien le rock, c’est comme les montagnes russes, comme l’anarchie, un truc délire et bon esprit, une musique de poissonniers, une eucharistie, une attitude », et puis faut dire que sur scène, elles étaient drôles ces petites frappes de Manchester.

(la vidéo au Ritz de New York donne un bon aperçu de l’ambiance dégénérée des concerts qu’ils firent cette année-là )

C’était comme s’ils s’acharnaient à faire passer leurs morceaux pour de l’improvisation. J’avais jamais eu l’occasion de voir un truc pareil dans ma banlieue de merde sauf quand on faisait de grands feux en lisière de forêt exprès pour se faire pourchasser par les flics. Un peu plus tard je partirais six mois à Londres et j’achèterais tous leurs premiers singles. Je les ai encore parmi tous les vinyles qui traînent dans la cave de ma mère.
Leurs deux premiers albums sont magnifiques, ainsi que les pochettes. Le premier, Squirrel and G-Men, c’est John Cale qui l’a produit. Le son est crasseux, ils savent pas encore très bien jouer, mais il se passe un truc : c’est lourd, c’est poussif, ça racle, ça suinte, ça traîne, la voix de Shaun Ryder emmène tout ce petit monde on ne sait pas trop où, ça pourrait être le pire truc jamais entendu et pourtant c’est beau comme l’incertitude des mouvements musculaires dans les plaies des parties molles de la région cervicale postérieure. Au fond, ce que j’aime bien chez eux, c’est que comme ils savaient pas trop bien jouer, ils ont donné au « poussif » ses lettres de noblesse (c’est des Anglais, hein, faut pas oublier), ajouté à ça un je-m’en-foutisme comme on a rarement vu dans l’histoire de la création. Pour leur troisième album, Pill’s and Thrills, un ratage complet, le début de la fin, ils se débrouillent pour enregistrer aux Barbades où ils restent des mois à dépenser tout le fric de la production et à prendre toutes sortes de drogues, parce que le saut dans le vide, y a que ça à faire. La notoriété, ils en rient parce que c’est du vent, c’est comme une montée d’exsta, pas plus. Ils savent au fond qu’ils reviendront toujours à Manchester, leur port d’attache, aucune illusion déplacée ou ego purulent : ils savent de quel quartier ils viennent. On ramasse, on prend, on se marre, on liquide tout, on disparaît. C’est beau comme une inhumation précipitée. Quand ils apparaissent à la télé, c’est complètement défoncés : ils pourraient être en train de siroter leurs pintes dans leur bar favori, ce serait pareil, toute cette agitation n’a aucune importance, allons au bout de la provoc’ en dansant, le reste on vous le laisse, c’est sale, on restera toujours au-dessous de tout ça : ce qu’on aime nous c’est la foirade. Leur second album, Bummed, démarre sur des croassements, ils annoncent la couleur tels des oiseaux de mauvais augure : en Angleterre on nait prolo et on reste prolo jusqu’à plus soif. Les paroles de leurs chansons, c’est du grand n’importe quoi, on n’y comprend rien, même les surréalistes ne sont jamais parvenus à un aussi grand degré d’abstraction. Les titres, c’est pareil : Tart Tart, Kuff Dam ou Brain Dead sont selon moi des chefs d’oeuvre, ils ressemblent à Bez et à Shaun Ryder, ce couple électrique aux carcasses défaites par l’abus d’hallucinogènes. « Madchester », les journalistes ont appelé ça mais seuls les Happy Mondays valaient le coup je crois à part une ou deux autres exceptions peut-être. Bref, les Happy Mondays ce fut avant tout un cirque, un truc pour gens pas sérieux, une des dernières tentatives pour faire danser toute l’Europe avant que les concerts deviennent réglementés comme tout le reste, une anarchie joyeuse et couronnée, un truc qui me va droit au cœur parce que c’est la fin de mon enfance qui s’est jouée là et que sans eux, peut-être, je rigolerais moins aujourd’hui. Danser le sourire aux lèvres au milieu de la catastrophe, y a que ça à faire mes bons amis, sinon on coule : les Joyeux Lundi ont fait les deux.
God Bless.

Elise Vertige